Santiago Borja

Santiago Borja

BRICOLER

Workshop avec Santiago Borja, mené en collaboration avec Corinne Bouvier et Guillaume Blanc, responsables de l’Atelier Calder, et Sandra Delacourt, professeure d’histoire de l’art contemporain à l’École supérieure d’art et de design TALM-Tours.

Du mercredi 14 au vendredi 16 novembre 2018, à l’Atelier Calder.

Pour les deuxième année de Master option Art. 

 

En résidence à l’Atelier Calder de septembre à décembre 2018, l’artiste Santiago Borja accueille les élèves du Master 2 option Art de TALM-Tours pour un workshop immersif de deux jours.

« Le bricoleur est apte à exécuter un grand nombre de tâches diversifiées ; mais, à la différence de l’ingénieur, il ne subordonne pas chacune d’elles à l’obtention de matières premières et d’outils, conçus et procurés à la mesure de son projet : son univers instrumental est clos, et la règle de son jeu est de toujours s’arranger avec les « moyens du bord », c’est-à-dire un ensemble à chaque instant fini d’outils et de matériaux, hétéroclites au surplus, parce que la composition de l’ensemble n’est pas en rapport avec le projet du moment, ni d’ailleurs avec aucun projet particulier, mais est le résultat contingent de toutes les occasions qui se sont présentées de renouveler ou d’enrichir le stock, ou de l’entretenir avec les résidus de constructions et de destructions antérieures.” Claude Lévi-Strauss

 

Ce workshop a été inspiré par la lecture du livre de Claude Lévi-Strauss La pensé sauvage et tout particulièrement par son concept de bricolage. Selon l’anthropologue, le travail de l’artiste se situe à mi-chemin entre celui du bricoleur et celui de l’ingénieur. Le bricoleur travaille avec des restes, des morceaux, qu’il retrouve. Le bricolage a toujours quelque chose de précaire, d’improvisé. L’objet bricolé est une réponse d’intuition pure. Le bricoleur procède inlassablement (« faire et refaire ») à l’inventaire d’un ensemble hétéroclite d’outils et de matériaux, déjà constitué, et qu’il va réorganiser, reconstruire, pour résoudre son problème.

L’ingénieur, quant à lui, préconçoit. Il programme afin de résoudre le problème et raisonne à l’aide de concepts.

Alexander Calder a produit durant sa vie une série d’objets d’usage quotidien qui lui servaient à accomplir certaines tâches domestiques. Il a fabriqué des radiateurs, des meubles, des ustensiles, des chaises, etc., parce qu’il en avait besoin. Bien qu’il les ait avant tout fabriqués par “nécessité”, tel un Robinson Crusoe moderne, c’est leur aspect bricolé avec beaucoup d’ingéniosité qui en a fait des objets uniques, aujourd’hui devenus des œuvres d’art non distinctes de son œuvre sculpturale.

C’est ce double statut de objet utilitaire/artistique qui nous permettra de poser un pied dans la réalité pragmatique et un autre au cœur de la pensée magique.

Références théoriques

 

Claude Lévi-Strauss, La pensée sauvage, Plon, Paris 1962

Tim Ingold, Making: Anthropology, Archeology, Art and Architecture. Routhledge, Londres 2013

Tim Ingold, The Textility of Making.

Quelques citations de La pensée sauvage

 

L’ingénieur est, à l’instar de la science moderne qu’il symbolise, extérieur au monde auquel il impose son projet. Tout entier dans la culture, dont son projet est l’expression, il est face à une nature insignifiante en soi à laquelle il donne justement du sens par son action.

 

Le bricoleur, au contraire, est à la frontière indistincte (et archaïque) entre nature et culture. Il fait partie du monde dans lequel il doit construire, avec les moyens du bord, son objet. Il agence autrement des signes déjà là, sans pouvoir même distinguer aussi clairement que l’ingénieur outil et matière : il n’a pas affaire, par exemple, à du bois ou du fer mais à un morceau de bois.

 

Le bricoleur, enfin, est une sorte d’esthète qui prend plaisir dans la simple combinaison nouvelle qu’il réalise (le résultat obtenu est alors secondaire, le plaisir de l’éventuel succès venant de surcroît) alors que l’ingénieur, qui a au préalable tout calculé pour que “ça marche”, n’éprouve généralement de véritable plaisir qu’à cette condition.

 

 

← Retour site TALM

Les derniers flux